Par : Darragh Mondoux
Brecht, Beckett, and Sophocles walk into a bar, and order a solemn round with the English graduating class of the National Theatre School of Canada. Antigonick, Anne Carson's liberally translated pastiche-poetic tragedy of Sophokles will be directed by Ruth Madoc-Jones and performed at the Ludger-Duvernay Theatre at the Monument National from December 12th to the 16th.
À gauche : Ruth Madoc-Jones, à droite : sa photo de profil NTS de 1993
A distinguished graduate of the acting program, Madoc-Jones returns to NTS once more, having recently participated in the highly-publicized 30th Anniversary of the academy. Ruth will direct Antigonick with a guiding hand, guiding questions, and a guide in Carson, towards philosophers of art. Carson’s translations of this myth name Bertolt Brecht and Samuel Beckett, making room within the text for political motivation, as well as dark existential humour.
Évoquant avec émotion la scène artistique multilingue montréalaise, Ruth se souvient de l'incroyable « rigueur, imagination et talent du théâtre francophone » qu'elle a découverts lors de sa première immersion dans la scène de la ville grâce à NTS. Bien qu'elle y ait assisté dans un contexte tendu, marqué par le second référendum sur la séparation, elle s'est sentie « accueillie chaleureusement, c'était tellement cosmopolite, c'était le Montréal des années 90 ! »
Ruth explique que, pour toucher et émouvoir le public, le texte – en l’occurrence, la prose pastiche de cette traduction contemporaine – doit paraître authentique aux interprètes. « Le travail de l’acteur consiste à intérioriser le vocabulaire, les métaphores et les rimes » prescrits par la traduction de Carson. Le fait que la metteuse en scène et la traductrice soient toutes deux enseignantes et aient des liens avec Montréal crée un fil conducteur pour la production à venir.
“« J’ai expliqué aux étudiants qu’il ne s’agit là que d’une version de ce mythe ; Carson l’appelle les archives du deuil », explique Ruth. « C’est un mythe qui se raconte comme un écho de son époque. »”
« Selon l'époque et la culture [de chaque traduction], les différents personnages sont présentés comme le héros ou l'antagoniste ; tantôt c'est Créon, tantôt c'est Antigone. » Ruth laisse entendre que sa vision bouleverse tous les personnages, les traumatisant même par la guerre qui s'est terminée au début de la pièce : « L'édit de Créon est le plus inhumain, il frappe fort. » Ce conflit diamétralement opposé entre valeurs politiques et familiales, incarné dès le début du spectacle, est source d'un drame intense et d'une grande profondeur philosophique. « Elle dit : “Vous êtes du mauvais côté de l'histoire” », comparant Antigone davantage à une jeune militante pour la justice sociale qu'à une simple féministe de par son genre. « La pièce a un fort potentiel pour devenir un appel vibrant à se rebeller contre l'autorité, un encouragement au courage. »
L'équipe créative et de production d'Antigonick.
Ruth a évoqué la vision esthétique de ce spectacle, se réjouissant de l'approche non genrée des costumes et des personnages, notamment ceux de Thérèse et d'Antigone. Les costumes, conçus par Pen Tsin, jeune diplômée en design de la NTS, évoqueront sans aucun doute le cadre classique de la Thèbes antique tout en s'harmonisant avec la modernité et les néologismes de la traduction de Carson.
La distribution d'Antigonick
« Les Grecs ne se demandaient pas “pourquoi”, mais plutôt “quoi” », explique Ruth, faisant référence aux spectateurs antiques pour qui les représentations des pièces thébaines ou de l’Orestie constituaient un rite cathartique. « Que se passe-t-il lorsque ces deux forces s’affrontent ? » On ne peut qu’imaginer ce que les spectateurs de la Grèce antique ont ressenti en voyant des hommes masqués interpréter ce récit tragique dans l’amphithéâtre athénien, mais l’interprétation de Ruth pour la représentation étudiante au théâtre Ludger-Duvernay, avec cette traduction inédite, s’affranchit de toute période historique.
« Bien que les femmes n'aient pas été citoyennes, de nombreuses pièces grecques mettent en scène des femmes extraordinaires », explique Ruth à propos des enjeux liés au genre dans le théâtre classique. « Lorsqu'ils ont écrit Médée, ils ont peut-être eu l'impression de voir le pire personnage qui soit, un monstre ! Mais maintenant que nous la comprenons, nous la voyons comme une personne tout à fait humaine. »
Some say that every act of translation is an act of betrayal, while others say each is an act of adaptation. Poet and classicist Anne Carson takes this approach refreshingly liberally, betraying a feminist approach to the patriarchal traditions of translation, and adapting the original text to a continuous tradition of evolving meaning. Anachronisms, pop culture allusions, and humour yank the third of the Theban Plays out of the obscuring shadows of history. Preceding Madoc-Jones’ own experiences with the second referendum, Carson was a Montrealer during the tensions of the first referendum in the 1980’s. The budding translator must have had her own thoughts on the beautiful, linguistically troubled, cultural hub she found herself in. Her legacy has transcended contemporary poetry, academia, or literary prizes, being an idol of girls on Tumblr. The young aesthetes of the internet age will delight in vividly pinnable poetry of Antigonick.
À gauche : extrait visuel de la traduction de l’Orestie par Carson, publiée pour la première fois en 2009 et ayant reçu 14 000 mentions « J’aime » sur Tumblr. À droite : photo de Carson par Peter Smith.