Jouer l'avocat du diable : DAUMAS au Fringe de Montréal

Par Misha Nye,
le 5 juin 2026

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Quand je vois une pièce de théâtre vraiment géniale, il arrive que mon moment préféré se déroule au bar après. L'obscurité d'une salle de spectacle a quelque chose de magique, mais être assis avec mes amis et débattre de ce que je viens de voir, c'est peut-être encore mieux. Étaient-ils les héros ou les méchants ? Le verdict était-il juste ou injuste ? DAUMAS : L'Avocat du diable, la nouvelle production de MBC Productions, est un drame judiciaire interactif qui place ces débats au cœur de l'intrigue.

 

« Inspiré de faits réels, DAUMAS raconte l’histoire de l’avocat français anticolonialiste Georges Daumas… désormais jugé pour trahison, Daumas assure lui-même sa défense tandis que des témoins de son passé refont surface et que sa vie même est en jeu. »

— Productions MBC

 

J'ai parlé pour la première fois à Fred Azeredo, le dramaturge, au sujet de DAUMAS en septembre dernier. L'été était à peine terminé que son nouveau texte était déjà prêt. Et plus j'en apprenais sur la pièce et les événements réels qui l'ont inspirée, plus je comprenais pourquoi. Avec une histoire aussi captivante, il faut être le premier à la coucher sur le papier !

DAUMAS s'inspire de la vie de Jacques Vergès. On dit que la réalité dépasse la fiction, et c'est assurément le cas. Vergès semble avoir vécu une multitude de vies, toutes plus absurdes et extrêmes les unes que les autres. Il fut résistant, militant anticolonialiste et avocat tristement célèbre pour avoir défendu aussi bien des criminels de guerre que des dictateurs. Pour le dire gentiment, sa page Wikipédia est passionnante.

Daniel Wan dans le rôle de Daumas dans DAUMAS.

Une chose est claire : Daumas, le personnage éponyme de la pièce, est loin d’être un héros sans défaut. Incarné par Daniel Wan, ce personnage est complexe et contradictoire, à la fois déterminé et brillant. Et c’est précisément cette imperfection qui a tant enthousiasmé Fred Azeredo et Krystie Nguyen, les co-metteurs en scène du spectacle. Artistes brésilien et vietnamien, m’ont-ils confié, ils étaient ravis de pouvoir représenter la personne racisée dans toute sa complexité. Trop souvent, dans la fiction historique notamment, les minorités sont soit idéalisées, soit complètement ignorées. Mais voici Daumas, imparfait et intrépide, une figure véritablement mythologique.

 

« Son histoire semblait être un excellent moyen de saisir toutes les contradictions de la vie dans un pays colonisé : coincé entre l’occidentalisation/la modernisation et sa propre culture, utilisant les outils du maître pour démanteler la maison du maître. »

— Fred Azeredo

 

À plus grande échelle, Daumas a servi de vecteur à une histoire que Fred avait toujours voulu raconter, une histoire qui explore les mécanismes du colonialisme. Se déroulant dans un tribunal du XXe siècle, DAUMAS : L'Avocat du diable pose des questions telles que : comment le pouvoir colonial s'exerce-t-il, et avec quelle justification légale ? Daumas lui-même est au cœur de ce débat, sarcastique et d'une répartie cinglante, s'insurgeant contre le pouvoir impérial français et le système judiciaire qui le soutient.

La troupe de DAUMAS au Fringe-for-all le 1er juin 2026.

Il ne faut toutefois pas s'y tromper : il ne s'agit pas d'une pièce historique hermétique. En exposant les outils et la logique fallacieuse de la France coloniale, Daumas permettra au public de reconnaître nombre de ces tactiques. Même après la fin du colonialisme, son autorité perdure. Et tandis que Daumas remet en question cette autorité coloniale, déconstruisant le langage même sur lequel elle repose, le public contemporain est invité à faire de même.

 

« Si nous considérons l’impérialisme comme un fléau monolithique relégué au passé, nous passons à côté d’enseignements essentiels. La colonisation, après tout, se poursuit et les structures qu’elle a engendrées (comme le système juridique) sont celles que nous occupons encore aujourd’hui. »

— Fred Azeredo

 

Aujourd'hui, les pays occidentaux accusent les autres alors qu'ils ont eux-mêmes du sang sur les mains. Inutile d'être un avocat arrogant comme Daumas pour constater l'hypocrisie flagrante qui se dégage de la situation. Daumas a défendu certains des individus les plus abjects de la planète. Le défendre n'est pas chose aisée – et je ne m'y risquerai pas ici – mais il a assurément mis à nu cette hypocrisie occidentale.

Mais oui, la question de la légitimité se pose. Si je ne m'étendrai pas sur sa personne, c'est en partie parce que vous le ferez. DAUMAS est une émission interactive. Après avoir pris connaissance de toutes les preuves, le public votera pour décider de la culpabilité ou de l'innocence de Daumas. MBC Productions est habituée à ce genre de manœuvres. Inspirée par son expérience dans l'univers de Boal, elle soumet une nouvelle fois le défi au public.

Le casting de l'équipe de DAUMAS en répétition.

Au cœur de cette démarche se trouve le pouvoir d'agir. Sans vigilance, une salle de spectacle peut devenir un lieu passif – d'autant plus pour une pièce ancrée dans des faits historiques, où la tentation de se détacher de l'action peut être encore plus forte. En brisant cette illusion, la mise en scène implique le public, lui fait confiance en tant que spectateur critique et lui donne les moyens de transformer durablement le récit.

Mais au-delà d'un simple artifice théâtral, Fred et Krystie semblent se délecter de cette indétermination. « Nous ne savons vraiment pas ce que nous pensons de lui, alors nous laissons le public en juger », m'expliquent-ils. Alors : est-il un parvenu opportuniste défendant le mal pour faire avancer sa carrière ? Ou un provocateur qui défie l'autorité coloniale ? À vous de juger.


DAUMAS : L'Avocat du diable est une pièce à la fois historique, judiciaire et parabolique pour notre époque. Présentée du 11 au 20 juin à la Mission Santa Cruz dans le cadre du Festival Fringe de Montréal 2026, elle vous invite à voter et à décider du sort de Daumas !


Daumas : L'avocat du diable

Productions MBC

Présenté du 11 au 20 juin 2026 dans le cadre du Festival Fringe de Montréal

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